Voilà, c'est décidé, la Bulgarie et la Roumanie vont entrer dans l'Union Européenne.

Sur le fond, je ne suis pas contre. Ces pays font culturellement partie de l'Europe. Dans la pratique, ils sont très loin d'être près à s'aligner aux directives européennes. Ces deux pays croulent littéralement sous la corruption, au point qu'on se demande si elle n'est pas inscrite dans leur constitution. Il y a encore en ce moment des magouilles politiques avec le président bulgare. Bon, c'est vrai que sur ce sujet, les autres pays européens ne sont pas non plus des modèles, à commencer par la France ou l'Italie.

Mais vont-ils pouvoir appliquer toutes les standardisation réclamées par l'UE ?

J'ai discuté cet été avec des agriculteurs-éleveurs à la retraite et la lourdeur des exigences en matière d'hygiène sanitaire frise le ridicule. Ainsi, ce couple, dont le mari s'occupe des vaches et des champs pour les nourrir et dont la femme avait décidé de faire de la volaille. Un jour, elle voit arriver l'inspection sanitaire qui lui réclame au nom des directives européennes un certain nombre d'aménagements. Tout d'abord, il fallait que tous les plans de travail sont en aluminium brossé pour un maximum de propreté. Il fallait créer trois salles : la première pour tuer les bêtes et les plumer, la seconde pour les vider, la troisième pour stocker. Ces trois salles devaient être repeintes du sol au plafond et équipées d'éviers en alu.

D'accord, il est décidé de faire ces constructions. Une fois que ce fut fait, les inspecteurs repassent et réclament en plus une fenêtre entre la première et la deuxième salle pour y passer les poulets. Sauf que la dame étant seule à s'en ocuper, à qui devait-elle les passer ? D'autre part, il ne fallait pas de robinets manuels, mais des pédales au sol pour actionner l'ouverture de l'eau. Bon, d'accord.

Troisième passage : en fin de compte, les pédales sont devenues entretemps interdites, il faut les actionner avec le genou !!! La fermière laisse tomber et arrête le poulet. Elle vendra des fruits et légumes issus de ses cultures. Oui, mais il faut une balance électronique étalonnée par les Poids et Mesures, un frigo dans le lieu de vente, un éclairage adéquat et deux ou trois autres trucs. Et les melons (on est dans le Gers) ne doivent pas ête vendus au poids mais à la pièce. Pour différencier les différentes tailles, il faut les passer dans des calibres. Et interdiction de déclarer sur le panneau "produits régionaux". Je n'ai pas encore compris pourquoi, vu qu'ils viennent bien de la région et même de la ferme.

Elle pense arrêter.

Où sont passés les petits producteurs qui vendaient leurs produits confidentiellement dans leur cuisine aux gens du village et aux touristes de passage ?

Ils ont arrêté leur activité.

C'est ainsi qu'ont arrêté également nombre de bergers qui fabriquaient leurs fromages dans les bergeries sur de la paille et les vendaient sur les marchés. L'obligation de travail sur de l'alu obligeait à un investissement. Ils ont arrêté. Et franchement combien de personnes ont été malades d'avoir mangé du fromage artisanal ?

De même, interdiction de vendre du lait sorti du pis de la vache ou des oeufs du cil de la poule. Le lait doit être stérilisé, pasteurisé et il faut avoir compté le nombre de germes qu'il y a dedans. Je le souviens qu'autrefois, on allait chercher le lait à la ferme d'à côté, parfois encore chaud et personne n'a été malade. Au contraire, le lait qu'on achète aujourd'hui est exempt des principales vitamines qui devraient y être naturellement, au point qu'on trouve des laits où on les rajoute artificiellement ou bien qu'on nous vend à côté des produits genre Actimel qui redonne ce qui a été enlevé.

Toutes ces directives flinguent les producteurs. Mais croyez-vous que la Bulgarie et le Hongrie soient prêtes à y passer ? Les producteurs hongrois vont-ils tous réaménager leurs fermes pour se plier à cela ? Je demande à voir...