Ces scènes existent toujours. Dans les grandes entreprises. Au hasard, regardez la mienne.

Je ne suis pas complètement un serf, je suis juste un petit chevalier admis de temps en temps à la cour. Les serfs, eux, ne sont invités que pour les grandes occasions, aux grandes fêtes...

Mais c'est amusant de voir les chevaliers s'écraser devant les comtes, qui se répandent devant les marquis, qui s'aplatissent devant les princes, qui se pissent dessus quand apparaît le roi. Celui-ci, dans une réception, traverse la foule en saluant, trouvant un petit mot pour chacun qui se confond en remerciement et qui saute de joie ensuite parce qu'Il s'est souvenu de lui. Il faut être introduit, être présenté aux princes ou au roi et celui qui est poussé devant pour la première fois, bégaie, rougit, et parvient à balbutier difficilement quelques mots de présentation pour expliquer ce qu'il fait.

Quand un Prince passe au restaurant d'entreprise, on en voit beaucoup qui s'étranglent, se rajustent, les femmes qui se remontent la poitrine ou vérifie en un éclair leur maquillage pour Lui sourire. Mais lui n'en a cure et passe, pour aller s'asseoir à une table vide, entouré de Sa cour. Parmi celle-ci, on en voit lui passer le pain, l'eau, voire lui éplucher les fruits !

Et ne parlons pas des coucheries...

Mais surtout, le plus drôle est de voir un marquis qui vient d'engueuler un chevalier, le rabaisser plus bas que terre, pour, une heure plus tard, se chier dessus en attendant dans l'antichambre du roi que celui-ci daigne le recevoir. Et en un mot, Il pourra ou l'anoblir, ou le détruire. On en a vu se jeter par la fenêtre ou se tirer une balle à la suite d'un tel entretien (véridique).

Chacun n'aspire qu'à une chose : monter dans l'aristocratie. Car tant que vous n'êtes pas au moins comte, inutile d'espérer être remarqué, sans parler d'être invité à une soirée ou un séminaire...

Mais contrairement à celle de Versailles, celle de l'Entreprise cesse dès qu'on passe ses portes. Bien sûr, il est impossible de croiser le Roi sur le trottoir car il ne circule qu'en carrosse fermé avec chauffeur. Mais lorsqu'à un carrefour, vous vous faites griller la priorité par un marquis que vous reconnaissez et qui ne vous connaît pas, quel plaisir de le klaxonner pour lui rappeler le Code la Route qui le place au même niveau que vous !

Croyez-moi, vous qui travaillez sans hiérarchie, vous ne connaissez pas votre bonheur !