Le parking était désert, ce qui est rare à cette heure où les gens rentrant du travail venaient faire leurs courses du soir. L'éclairage public était éteint. Seule une lanterne à l'ancienne clignotait de manière aléatoire, se balançant au gré d'une petite bise glaciale, diffusant une improbable lumière jaune-orangée. Une petite brume flottait à un mètre du sol, dessinant des volutes au gré du vent.

Je me garai sans difficulté.

En sortant de la voiture, je fus frappé par ce silence pesant que rien ne venait troubler. Je n'entendais aucune voiture, aucune voix, aucun bruit de la ville...

Pas vraiment tranquille, je me dirigeai vers une sortie pour piétons. Le bruit du verrouillage centralisé de la voiture provoqua comme un écho lugubre et sourd, pendant que les trois coups de clignotants rendaient une lumière irréelle qui ne parvenait pas vraiment à trancher le brouillard, créant des ombres mouvantes fugaces.

Un cri atroce me glaça soudain le sang. C'était une femme, à n'en pas douter, quelque chose l'avait terrorisée. Le silence de plomb retomba aussitôt derrière. Mon coeur battait furieusement un rythme infernal. Dans cet espace clos entouré de hautes maisons, la réverbération empêchait de localiser l'origine du cri. Rien ne bougeait. J'avançai.

La sortie passait par un porche complètement noir, sous un immeuble. Le bruit de mes pas était étouffé, comme si je marchais sur une épaisse moquette. Je sentais sous mes pieds comme un tapis de fibres épaisses, irrégulier. En passant sous le long porche, j'entendis des frôlements de tissu, des chuchotements d'outre-tombe, puis un bruit métallique, comme une lame qui frotte sur une autre en grinçant.

Soudain, je fus assourdi par un miaulement enroué et feutré et sentis un souffle fétide sur mon visage. Je fis un violent bond en arrière mais heurtai durement au mur. Désorienté dans le noir, je tentai d'avancer, les mains en avant, quand une violente lumière vint m'aveugler. Presque en même temps, je sentis un contact glacial sur mes mains qui furent enserrées, immobilisées, puis violemment ramenées dans mon dos. Je fus enveloppé dans un grand tissu humide et froid qui m'empêchait de bouger bras et mains, telle une camisole.

"Ne bouge pas et il n'y aura pas de problème". Ces paroles, soudain prononcées à voix haute me firent sursauter. C'était une voix féminine, calme mais menaçante. Un coup derrière les jambes me força à me mettre à genoux, un autre sur la poitrine, à m'asseoir par terre. Le sol n'était pas froid, mais comme soyeux. La lumière violente me forçait à détourner la tête. J'aperçus les ombres de plusieurs personnes. Deux, peut-être trois.

"Ne bouge pas !" réitéra la voix, d'un ton autoritaire. On me ramena la tête en position droite et la lumière crue me força à fermer les yeux.

Je sentis des doigts me palper le crâne. M'attrapant les cheveux, on me renversa la tête en arrière. De l'eau tiède vint inonder mon crâne, puis on me malaxa le scalp.

Les yeux toujours fermés, je sentis alors des frôlements, des fourmillements, des grouillements sur la tête, on me tirait les cheveux, pendant de longues et interminables minutes. J'avais complètement perdu la notion du temps. J'entendais des cliquetis, des bruits de lames.

Puis ce fut à nouveau le bruit de moteur miaulant et un souffle brûlant qui me brûlait la tête.

"Ca va comme ça ?
- Je... balbutai-je
- Ouais, ça va, dit une autre voix.
- Bon, vous pouvez y aller. A l'avenir, ne vous promenez plus jamais avec cette chevelure provoquante."

On me libéra et me propulsa violemment hors du couloir sombre.

Je me retrouvai sur le trottoir de la rue commerçante inondée de lumière et de bruits des passants. Une vitrine me renvoya mon image.

Mes cheveux avaient été raccourcis, coiffés en brosse.


Le lendemain matin, au bureau, mes collègues m'interpelaient.
" Tiens, tu es allé chez le coiffeur ?
- Nan, on m'a piqué mes cheveux !"

Mais pourquoi on me pose toujours cette question ridicule ?