Moi qui pensais que courir permettait de penser à autre chose. En fait, il faut déjà être en paix avant. Le mental n'y était pas, un peu trop de trucs en tête en ce moment. Même avec le Hempétroi à donf dans les oreilles, en comptant pour souffler tous les 4 pas (et c'est très chiant), en regardant à 1 mètre devant et pas plus pour ne pas voir combien il reste, rien à faire.

Bon, je marche.

Ah, "Sunday, Bloody Sunday", c'est bon comme rythme. Je cours. Je traverse le champs le long de la voie ferrée.

Après avoir traversé l'entrée de la ville voisine, je retourne dans les champs. Y'a pas, je suis quand même mieux sur la terre que sur le goudron. Mes yeux quittent le chemin à mes pieds, pour regarder l'horizon vert. Au-dessus, le ciel bleu avec quelques nuages blancs. On dirait une mer verte qui ondule à l'inf... Ah non, merde. La prochaine fois, je viens avec une hache pour virer ces pylones de ligne à haute tension qui salopent tout mon beau paysage. Dommage que je n'aie pas mon reflex, j'aurais effacé numériquement les trucs en ferraille. En même temps, c'est pas pratique à trimballer quand on court. Le reflex, pas la hache.

C'est marrant comme ça pullule les coquelicots, en ce moment, c'est sympa. Je me dis toujours que j'en ramènerais bien à la maison, mais c'est tellement fragile ces trucs-là, que ça ne tient pas le voyage. Et puis courir avec des fleurs à la main...

Au milieu de ce champs de blé encore vert, je pense à la récolte. Le coquelicot, c'est du pavot. Bonjour la farine...

Tiens, ya des trucs bleux, aussi. Bon, allez, j'en prends, on verra bien comment ils arrivent. Du coup, je prends aussi des coquelicots. Tiens, des machins blancs. C'est marrant, ça fait bleu-blanc-rouge. Mouais. Je rajoute du jaune, du coup.

Le temps que je cueille tout ça sur le bord du chemin, j'ai perdu un peu la notion du lieu. Mon regard se perd dans cette surface mouvante, ondoyante. On aurait envie de s'y jeter, d'y plonger, d'y nager. Je suis comme shooté, entre l'adrénaline du footing, le parfum des fleurs, l'ondulement de l'herbe et la fatigue de fin de journée. L'espace d'un instant, je suis paumé, je ne sais plus où je suis, dans quelle direction je dois repartir. En fait, je n'ai plus du tout envie de repartir. Malgré les pylones moches, je suis perdu dans la contemplation du paysage, les bois à l'orée du champ, la petite maison en contrebas dont on ne voit que le toit, les centaines de coquelicots qui se balancent...

Ouais bon, je me secoue, faut y aller, je ne me suis pas encore fait assez mal ce soir, cours un peu, bonhomme !

Je cours, pendant que mes oreilles sont inondées d'"Hotel California" (la version longue en concert avec l'intro à la guitare).

Wow, qu'est-ce que c'est que ces fleurs roses, on dirait des orchidées. Hop, cueillies. Le bouquet commence à grossir.

Tiens, des roses sauvages ? Oui, on dirait, il y a des épines sur la tige. Elles sont très belles. Allez hop. Ailleuh !

Je finis par rentrer à la maison. Je n'ai pas autant couru que j'aurais voulu, mais j'ai de belles fleurs des champs. Qu'est-ce que vous pensez de mon bouquet ? Sauriez-vous m'aider à identifier mes fleurs ? Je sais déjà que ce ne sont pas des orchidées mais les fleurs du pois de senteur.

Et voyez-vous le trésor au milieu du bouquet ?