Hé oui, ayé, je suis un bobo...

Ma voiture étant au garage pour révision, j'ai pris le train le soir. Mais plutôt que de prendre le métro pour aller jusqu'à la gare, j'ai décidé de prendre un vélo.

Et bien, la première fois, c'est coton !

Je m'approche de la borne. Il y a un petit écran et en-dessous un autre écran et un clavier style distributeur de banque.

Déjà, il faut comprendre les options. Que choisir comme abonnement ? Alors, il y a l'abonnement annuel. Non. Il y a aussi l'abonnement courte durée. Ca, c'est pour moi. Ok, je choisis pour 1 journée. Ah, il demande la carte bleue. Il me dit qu'il va juste faire semblant de me prélever 150 euros de caution. Mais il ne le fera effectivement que si je ne rends pas le vélo, sinon, il ne prélève rien. Bon, il faut lui faire confiance.

Ensuite, il me dit qu'il prépare mon abonnement et me demande un code secret à 4 chiffres. Ok, je le rentre. Puis il m'imprime un ticket, qui ressemble à un ticket de parking. Bon.

Ah oui, maintenant, il faut que je prenne un vélo, quand même. Alors, je recommence. Sélectionnez "1", prendre un vélo. Tapez votre numéro d'abonné. Hein ? Ah, il est imprimé sur le ticket. Tapez votre code secret. Ok. Choisissez une borne parmi celles qui sont dispos. Ok, celle-là, la 1. Allez appuyer sur le bouton de la borne.

Bon, je vais à la borne et j'appuie sur le bouton. Ca fait Clang et le vélo recule de 5 cm. Je tire, mais le vélo ne vient pas, il reste coincé.

Je retourne à l'écran. Il affiche l'écran d'accueil. Pour lui, c'est fini, il a fait son boulot. Je retape le numéro d'abonné et le code secret et il me dit que j'ai déjà un vélo. Mais non, donne-le moi, saleté !

Bon, je tire le vélo. Ca ne vient pas. Je pousse. Ca se renclenche et ça bipe. Je retourne à l'écran qui me remercie d'avoir rendu le vélo.

Rhhâââââ !

Bon, je recommence. Prendre un vélo. Numéro d'abonné. Code secret. Prendre un vélo. Il veut pas. L'option est affichée en rouge et non sélectionnable. J'apprends qu'en fait, il faut attendre 5 minutes entre le dépôt d'un vélo et le retrait d'un autre. Ca évite de changer de vélo toute les 29 mn pour profiter de la gratuité de la première demi-heure.

Je suis têtu, j'ai décidé de prendre un Vélib, je poireaute 5 minutes sous ce périph, dans le bruit des bagnoles, les gaz et la crasse.

Je réessaye. Abonnement courte durée. Prendre un vélo. Numéro d'abonné. Code secret. Ca fait pas 5 minutes. J'attends.

Groumpf.

Ayé, ça fait 5 minutes. Abonnement courte durée. Prendre un vélo. Numéro d'abonné. Code secret. Je rechoisis le numéro 1. J'appuie sur le bouton. Clang. Je tire le vélo. Ca vient ! Victoire, j'ai mon Vélib !

Sur le guidon, il est écrit (en français uniquement), qu'il faut respecter le Code de la route, ne pas rouler sur les trottoirs, etc. Mais là, non seulement je suis sur un trottoir, mais il faut traverser l'énorme carrefour de la Porte de Clichy. L'emplacement n'est pas des plus judicieux.

Voilà, je suis enfin sur mon vélo. Le bestiau pèse le poids d'un âne mort, mais la position droite style vélo hollandais, permet de bien pédaler. Ca avance bien. Il y a trois vitesses dans le moyeu. Donc, pas de dérailleur et on peut les passer à l'arrêt. Les deux freins sont aussi dans les moyeux. Par contre, moi qui ait l'habitude de mes freins à disques qu'on actionne d'un seul doigt pour freiner très fort, là, il faut la main entière pour freiner moyennement. Mais ça va.

Il y a vraiment pas mal de monde. Très vite je comprends qu'il faut vraiment être encore plus attentif qu'en voiture. Les voitures ne font pas du tout attention à moi. Les piétons non plus, d'ailleurs. Je roule dans le voie de bus (si, j'ai le droit), mais j'ai l'impression d'être invisible. En plus derrière les bus, je me prends toutes les fumées. Kof, kof.

La vache, ça grimpe, jusqu'à La Fourche. Je double quand même pas mal d'autres vélo "normaux" qui se traînent. Et je croise aussi beaucoup d'autres Vélibs, je suis vraiment surpris par leur nombre. Ce n'est peut-être que le phénomène de mode, de la nouveauté.

J'arrive place de Clichy. C'est vraiment dangereux à traverser, il y a des voitures dans tous les sens. Mais à partir de là, ça redescend. Du coup, je pédale comme un dingue dans le couloir de bus. Mais je suis quand même doublé par les taxis qui me frôlent d'un peu trop près.

J'arrive à la gare, persuadé que sur le parvis, je vais forcément et logiquement trouver une station Vélib. Mais non. Rien du tout. J'en ai vu plusieurs sur le trajet, mais rien sur la gare. Je pars en exploration dans les petites rues avoisinnantes.

En fait, je trouve assez rapidement une station dans une rue, 100 mètres plus loin.

Il y a quelques bornes libres, mais le bidule où amarrer le vélo est obturé par un cache en plastique rouge. Celles-là sont HS. Déjà. Il y a deux autres personnes qui attendent aussi. Evidemment, c'est le soir, on est à côté de la gare, tout le monde à posé le vélo pour aller prendre le train. Je sais qu'il y a des camions qui circulent pour déplacer les vélos des stations trop pleines vers celles qui sont vides, mais là ce n'est pas encore le cas. Un autre homme arrive, disant qu'il vient de la station d'à côté qui, elle, est complètement hors service. Sur la borne d'accueil, un plan indique les autres stations du quartier. Bon, je vais aller voir. Mais au moment de partir, un type arrive arrive et passe sa carte Navigo sur la borne du vélo, appuie sur le bouton du geste nonchalant de l'habitué et part avec le vélo. Chouette. Avant que les autres aient pu réagir, j'enclenche mon vélo à la place libre. Prems.

Une vieille rombière, en tailleur chic en peu trop voyant, gueule à son caniche que ses "saloperies de vélos font chier à prendre les places de parking". Evidemment, c'est plus le genre à rouler en 4x4 de ville qu'en vélo.

Le lendemain matin, je n'ai toujours pas de voiture, je reprends un vélo pour aller bosser, en refaisant le trajet inverse. J'arrive dans la rue d'hier soir, où il y a quelques vélos, beaucoup moins qu'hier soir. Normal.

Abonnement courte durée. Mon abonnement d'hier est toujours valable. Prendre un vélo. Numéro d'abonné. Code secret. Pas de vélo dispo. Ben merde alors. J'en compte pourtant six, dont les bornes ont le voyant vert. Bon, il veut pas.

Je vais voir la station d'à côté à 200m de là. Il y a une dizaine de vélos, mais toutes les bornes sont au rouge. C'est vrai que c'était déjà en panne hier soir, rien n'a été fait entretemps.

Bon, je fais 400 mètres de plus et je finis par dénicher une station avec 22 vélos (je les ai comptés).

Abonnement courte durée. Prendre un vélo. Numéro d'abonné. Code secret. Pfff... Clang, j'ai mon vélo, du premier coup. En même temps que moi, trois autres personnes en prennent, ça marche bien. J'ai un sac à dos avec une badoulière transversale, je le mets dans le panier devant, plutôt que de le sentir glisser toutes les 3 minutes. Du coup, avec le poids du sac sur l'avant, la direction fait un peu ce qu'elle veut au départ. Houla.

Bon, trajet sans histoire, sauf qu'avec les sens interdits, je me suis un peu trompé, mais j'ai assez vite retrouvé mon chemin. Jeme demande tout de même ce que ce serait pour un touriste. J'arrive assez vite à la Prte de Clichy. J'ai tout de même grillé un feu orange, j'étais lancé et avec les freins, pas le temps de s'arrêter. J'ai aussi été obligé de passer sur un trottoir pour contourner une bagnole garée sur l'axe rouge qui bloquait tout. Marrant, d'ailleurs, de voir que tous ceux qui sont en Vélib respectent bien le code de la route, alors que les cyclistes avec leur propre vélo font n'importe quoi, grillent les feux, passent un coup à droite, un coup à gauche, etc.

Bilan : - Le principe est vraiment sympa, les vélos roulent bien pour le moment et ça a l'air d'avoir du succès. Tant qu'il fait beau. On verra en hiver.
- Pas super facile de prendre un abonnement au départ, mais on s'y fait. Par contre, c'est réservé aux détenteurs de Carte Bleue. Comment font les gens qui n'en ont pas les moyens ou les étrangers ?
- Le prix est accessible pour tous jusqu'à une heure. Gratuit la première demi-heure (sauf le prix de l'abonnement), 1 euro la 2e demi-heure, 2 euros la 3e. Mais 4 euros la demi-heure à partir de la 4e, c'est un peu rhédibitoire. Du coup, hors de question de se balader toute la journée dans Paname avec le vélo, il faut le rendre à chaque fois. Bon, pendant qu'on est dans le musée ou qu'on fait des courses, d'autres peuvent prendre le vélo, et ça les fait tourner.
- Pas évident de rendre le vélo et pas seulement parce que les stations sont pleines, mais surtout parce qu'il y a des pannes.
- Les pneus gonflés à l'air avec les valves accessibles sont un appel au vandalisme. Trop faciles à dégonfler ou à crever pour emmerder le monde. Pourquoi ne pas avoir fait des pneus pleins, remplis de mousse polyuréthanne, quitte à perdre un peu en confort ? Et comment fait-on si on crève, loin d'une station ?
- Il y a quelques pièces facilement démontables avec un outillage standard. Combien de temps avant que ça disparaisse ?
- Le vélo a un éclairage, mais je n'ai pas vu comment l'allumer. Est-ce que ça s'allume tout seul ?
- Tout est en français, à l'écran comme sur le vélo. Et les touristes étrangers ?
- JC Decaux n'a pas lésiné sur le nombre, il y a vraiment des stations partout. Mais elles sont dans des petites rues, il faudrait un panneau dans les avenues pour indiquer leurs emplacements.
- Par contre, pas de station Vélib dans les gares ni même sur leurs parvis, car elles ne dépendent pas de la Mairie de Paris et n'ont pas donné leur accord. Dommage. Merci, la SNCF, de nous faire "préférer" le train.

Pour en savoir plus : http://www.velib.paris.fr/