... qui saurait réciter la suite ?

Un jour, j'étais chez un fleuriste et devant moi, une vieille dame avait commandé un bouquet par Interflora à envoyer à sa famille qui s'était expatriée je ne sais où. Elle était en train d'écrire la carte accompagnant les fleurs et voulait y mettre le fameux poème :

- Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage... commençe-t-elle.
- Puis s'en est revenu... ajoutais le fleuriste.
- Plein de ... je ne me rappelle plus.

Je sors mon téléphone portable, me branche sur Internet et tape rapidement le début du poème sur Google. Je trouve rapidement la suite du poème et lui lis la première strophe à haute voix :

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

La dame se retourne et me félicite pour ma mémoire. Bien sûr, je lui dis qu'elle n'y est pour rien, que je l'ai trouvé sur internet, sur mon téléphone.
- Vous... vous avez internet sur votre téléphone ? Rhôô, ça alors, il faut vraiment que je m'y mette !

Sa surprise était vraiment amusante. Et c'est vrai que, quand on y réfléchit, qui aurait pu prédire il y a 50 ans, ou même seulement 20 ans, que le quidam moyen aurait pu, dans une boutique, consulter un poème en quelques secondes et ainsi aider une vieille dame pour sa famille ?

Je ne crois pas qu'aucun écrivain de science-fiction ait imaginé cette situation....

Allez, pour le plaisir, voici le sonnet en entier.

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :

Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la doulceur angevine.

Joachim du Bellay (1522-1560).