Dimanche dernier, comme la plupart des dimanches matins, c'était rando VTT. Nous étions une dizaine, de tous niveaux, le rythme serait calme.

Comme nous étions une dizaine nous avions instauré ce que nous appelons la méthode Paquet : le 2e de la file s'arrête au carrefour pour attendre tout le monde et repasse à la fin. Le 3e devient donc le 2e et s'arrête au carrefour suivant, etc...

Donc après quelques bornes, je me suis retrouvé à la fin et ai décidé de remonter tout le monde. C'était une petite descente avec un peu de place pour doubler. Je passe Nicola et Gunther comme un cochon, je crois et j'essaie de doubler JC. J'essaie une fois, ça passe pas et ça accélère, puis je vois un passage par la gauche et je lache les freins. JC est dans l'ornière de droite et moi dans celle de gauche. Après l'avoir passé, j'essaie de sortir de l'ornière et c'est là que ça ne va pas : le vélo refuse et se couche sur la droite, juste devant les roues de JC. J'étais à 30/35 km/h...

Je ne me rappelle pas de tout, mais je me souviens bien du bruit de ma tête qui rebondit plusieurs fois par terre. Je ne sais plus, mais j'ai du gueuler un gros mot.

J'ai le souffle coupé, et je panique à la recherche de ma respiration. 1ere erreur : je me relève, je ne sais pas comment et 2e erreur, je vire le casque. Pas grave puisque je n'ai rien à la tête, mais il aurait mieux fallu rester à terre avec le casque au cas où. Je traverse le chemin en titubant et quelqu'un me dit de m'asseoir. A ce moment, je regarde ma main gauche qui me picote : elle a un drôle d'angle pas naturel et cette image reste bien gravée, ça fout les jetons. La peau plisse bizzarement là où c'est pas prévu. Là, je comprends que c'est assez grave. J'essaie d'enlever mon sac, mais pas moyen de lever le bras droit, c'est bloqué. Je crois que c'est Phil qui me l'enlève et me le met sous la main gauche qui gonfle comme une baudruche. Putain ça fait mal.

On me fait boire : erreur : il ne faut rien donner à quelqu'un qui part à l'hosto. Phil est à côté de moi et insiste pour que je tienne ma main en l'air. Je l'envoie balader un peu méchamment, pourtant il avait raison. Désolé Phil. Je t'aime Phil. Putain ça fait mal.

Tout le monde autour de moi cherche à me rassurer et à voir les tronches des gars, je comprend que c'est vraiment sérieux. On me dit que le vélo n'a rien. C'est pas juste que je sois cassé et pas lui. Phil passe plusieurs messages à Nathalie pour la prévenir pendant que d'autres appellent les pompiers. Putain ça fait mal.

Les pompiers mettent un temps infini à arriver. Ils ont certainement dû arriver vite mais pour moi qui braille de douleur, ça me paraît une éternité. Je finis par voir arriver trois paires de grosses chaussures type rangers. Je ne peux pas voir leurs têtes. Ils font un bilan rapide et je confirme que je peux me lever. Ils ne peuvent amener la chaise à roulette jusque là sans me secouer comme un prunier. Deux costauds me soutiennent pendant qu'on marche jusqu'au camion qui est bien à quinze kilomètres. Bon, 500 mètres, mais on a mis longtemps pour les faire. Chaque pas me secoue la main et je trébuche sur chaque caillou et chaque racine. Putain ça fait mal.

En chemin, deux autres pompiers arrivent à notre rencontre. Ils étaient en 4x4 mais il a finalement été inutile. Je monte dans le camion rouge d'un petit saut alerte et gracieux. Bon, on me porte comme un sac en fait. Putain ça fait mal.

Les pompiers essaient d'enlever délicatement le gant et je leur dis de tout couper. Oui, oui, le maillot aussi, on s'en fout. Snif. Ils me mettent une attelle à la main. A côté de moi, un petit gars, en me maintenant le bras, me raconte qu'il a 17 ans et que c'est sa 5e intervention. Il est impressionné par ma main. Moi aussi. Je dis au-revoir aux gars et le camion part. J'ai déjà dit que ça fait mal ? Le camion roule lentement pour amortir les cahots du chemin puis de la route, mais je les sens bien. Je maudis la DDE.

Les pompiers, malgré l'allure du poignet, doutent qu'il soit cassé. Ils disent qu'il faut y aller fort pour casser un poignet, qu'en général, on se le luxe. Ben en fait...

Les pompiers sont d'une gentillesse extraordinaire, je ne les remercierai jamais assez. On arrive à l'hôpital d'Eaubonne après avoir eu la joie de griller quelques feux rouges avec la sirène et fait dégager une voiture. J'en avais toujours revé. Dans le brancard, on me trimballe jusqu'à un box d'examen. J'ai d'abord droit à l'interrogatoire en règle, surtout que je n'ai pas de papiers. Toujours sortir avec ses papiers ! Surtout la carte Vitale. On me passe en douceur sur un brancard de l'hôpital. Les pompiers attendent encore un peu pour voir si je suis pris en charge et pour récupérer leur attelle.

Une infirmière me désappe complètement. Un médecin m'examine et me confirme que c'est bien cassé sans aucun doute. Et salement. Je me plains aussi de l'épaule et de l'orteil. On m'envoie faire des radios de ces trois points. Ce qui m'étonne c'est que personne n'a pensé à chercher autre chose dont je ne me serais pas aperçu... En attendant, on me pose une perfusion au dos de la main droite avec un antalgique. La radio confirme la fracture du poignet. Elle est impressionnante, la main s'est déplacée latéralement de 2-3 cm, le radius et le cubitus sont pétés. La tête de l'humérus droit aussi. On voit que la tête de l'humérus est bien pété en 2 sur le diamètre vertical. Mais le morceau n'a pas bougé et ça ne fait bizzarrement pas mal. Rien à l'orteil. Je suis bon pour l'opération, et rapidement. On me pose une attelle en tissu et en velcro qui m'immobilise la bras droit sur le ventre.

J'apprends qu'on est cinq personnes à s'être cassé le poignet en même temps, dont trois vététistes. Les urgences sont un peu débordées. Mais je suis le plus grave et on me fait passer en premier.

On me monte dans une chambre. Le brancardier me dit "Ah, c'est vous, la fracture compliquée du poignet ?" Ca promet. Je réclame des calmants car le culot de tout à l'heure est largement fini et ça refait très mal mais on me les refuse bicoze opération prochaine. On finit par me descendre en salle d'opération au milieu de l'après-midi. En fait ils ont été obligés d'attendre que ce que j'ai mangé et bu soit digéré. Nathalie n'a toujours pas pu venir, elle s'occupe des gosses. A posteriori, ce n'est pas plus mal qu'elle ne m'ait pas vu avant l'opération. Je fais peur à tout le monde. Je ne le sais pas encore car je ne me suis pas vu dans un miroir, mais j'ai un gros cocard à l'oeil droit et l'oeil lui-même est plein de sang. Et j'ai des gros hématomes un peu partout.

La salle d'op' est impressionnante avec des appareils partout. 3 ou 4 personnes viennent se présenter en souriant et en plaisantant, l'infirmière, l'anesthésiste, l'interne, l'assistant anesthésiste, le brancardier, etc... Pas vu le chirurgien mais il paraît que c'est un spécialiste de ce type d'opérations délicates. Heureusement qu'il était sur place un dimanche après-midi.
" Je vous préviens, je suis assez résistant à l'anésthésie.
- Ouais, fait l'assistant, goguenard, vous n'aurez pas le temps de compter jusqu'à 10.
- J'ai la tête qui tourne !
- Normal, on vient de vous brancher ! Vous pouvez compter.
- Ah, j'avais pas vu. Bon, 1... 2... 3...
...
...
- 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10. Je suis où, là ?
- En salle de réveil, tout s'est bien passé.

Mon poignet est bandé du coude aux doigts et j'ai nettement moins mal. Enfin, un peu quand même. Ah si, quand même. Fais mal. L'infirmière me fait illico une picouse de morphine et ça va mieux.

Je remonte dans ma chambre à 17h où Nathalie m'attend avec un sourire forcé.

Voilà, je n'ai pas compris comment on m'avait réparé le poignet. La radio post-op' montre 4 broches, mais on me dit que le poignet n'a pas été ouvert, sauf par de petites incisions. Tout se serait fait sous un agrandisseur à rayons X et avec des pinces. Extraordinaire. On m'enlève les broches dans 5 semaines.

Pour l'épaule, il n'y a rien à faire d'autre qu'à garder le bras immobilisé. Ca devrait se ressouder en 10-12 jours et on m'enlèvera l'attelle. Ensuite il y aura la rééducation.

J'ai un peu de mal à respirer et ils ont fait pour vérifier une radio des côtes, mais elles ne semblent pas cassées. Mais même si c'était le cas, il n'y aurait rien eu à faire.

Je suis sorti de l'hosto après seulement 3 jours et demi d'hospitalisation, c'est vraiment rapide.

Le problème, maintenant que je suis à la maison, c'est d'arriver à manger, à taper au clavier et sur la télécommande avec une seule main attachée. Petit exercice : essayez de remonter votre pantalon avec seulement la main droite, mais le poignet droit maintenu sur le nombril...

Pour ce qui est du boulot : je commence en arrêt maladie. Mon patron m'a téléphoné pour prendre de mes nouvelles et me dire de ne pas m'inquiéter. Donc tout va bien.

Enfin presque...