Depuis des années, j'utilise un PDA. J'avais commencé avec le Siena de Psion, excellente petite machine avec un clavier. Puis ce fut le série 3, puis le série 5mx. Puis ce fut un Sony Clié. Puis mon patron nous avait offert à tous un Palm. Je le revois encore m'annoncer fièrement que nous entrions dans l'ère de la modernité.

J'ai depuis démissionné et rendu le Palm. De toutes façons, il ne marchait plus : l'écran n'était plus tactile. J'ai sauvegardé sur un cd tous mes contacts Outlook, plus d'un millier, moitié pro, moitié perso. Mais tout ce que je pouvais faire était de les réinstaller sur l'Outlook du pc de la maison. Il me fallait un nouveau pda.

En écumant les magasins, j'ai eu la surprise de constater que l'offre en Palms était considérablement réduite. Un an avant, il y avait un rayonnage énorme avec l'offre en pda et maintenant, il n'y avait plus que 4 ou 5 modèles proposés. La fin du Palm ? Si c'était le cas, ce n'était plus le moment d'en acheter. Mais quoi prendre ?

En fait les Palms existaient toujours, mais ils étaient devenus communiquants et avaient migré au rayon "téléphones portables". Du coup, je découvrai les nouveaux "smartphones". Je n'ai d'ailleurs toujours pas compris quelle subtile différence il y avait entre un pda communiquant et un smartphone. Le premier est un pda qui permet de téléphoner. Le second est un téléphone avec les fonctions d'un pda...

Comme d'habitude avec un gros projet d'achat j'achète foison de magazines spécialisés, j'écume toutes les boutiques, jusqu'à me faire une idée précise. L'inconvénient dans le cas d'un téléphone, c'est que le temps de lire un magazine et il est sorti vingt nouveaux modèles. Ce ne sera pas un pda : trop gros. Et puis, je préfère favoriser le téléphone. Je commence à regarder du côté des Blackberries. En plus, ils peuvent se connecter à internet rapide et recevoir les mails en temps réel (le "push mail") : avantage à double tranchant. Mais j'ai toujours aimé le design Samsung. Ce sera donc le i600, concurrent du Blackberry, muni d'un clavier azerty, capable de pushmail, compatible Bluetooth, Wifi, Edge, 3G+, équipé de Windows Mobile.

Je suis chez Bouygues Telecom, mais sur leur site, avant l'été, ils n'ont pas cet appareil. D'ailleurs, ils n'ont que très peu de smartphones. En fait, ils semblent orientés vers le téléphone de djeunz : couleurs vives et fluos, avec appareil photo, jeux, miroir, éventuellement une fonction téléphone... Bientôt, ils vont faire boîtier de maquillage... En fouillant un peu, je découvre "Bouygues Pro", l'offre pour les professionnels. Et là, ils proposent tout : Blackberries, HTC, I600, Palms, etc... Mais uniquement en justifiant d'un numéro de Siret. Je commence à regarder chez les autres et je vois que SFR et Orange proposent mon appareil. Vais-je devoir changer, après plus de 10 ans chez Bouygues ? Il est temps d'aller discuter.

Je me rends dans une boutique Bouygues, rue Caumartin, dand le 8e, coeur de Paris, près des grands magasins. Sur les murs, le choix reste mince et le peu d'appareils proposés sont des factices abîmés. Les présentoirs sont sales et dégrdadés, le sol douteux. On n'a pas envie de rester. Une seule vendeuse qui semble avoir à peine 16 ans est absorbée dans le pianotage de son téléphone. Je lui demande s'ils proposent le I600. Elle ne connaît pas, n'en a jamais entendu parler, ils ne font pas. Peut-être dans une autre boutique Bouygues. Peut-elle se renseigner ? Nan. Je me barre après à peine 4 minutes dans le magasin.

Je vais chez Phone House juste à côté. Il y a plus de choix, mais beaucoup de monde. les deux vigiles ne savent rien et sont trop occupés à éteindre les alarmes qui se déclenchent dès qu'on touche un téléphone factice. Les trois vendeurs vendent à la chaîne. Je finis par à en choper un.
- Le Samsung i600, vous connaissez ?
- Le U600 ? Certainement.
- Non, le i600, "I", "Hiii", articulai-je.
- Ca n'existe pas, Monsieur, affirme le vendeur du ton péremptoire du gars qui sait.
- Pourtant, vous l'avez en vitrine, là, dis-je en le désignant du doigt, de loin.
- Ca, c'est un Motorola, Monsieur, dit-il du ton goguenard du gars qui me prend pour un con.
- Et ça, c'est un Bibop ? dis-je en mettant le doigt dessus. Bon, Ok, il n'a probablement jamais connu le Bibop.
- Ah ouiiiii, dit-il en plissant les yeux pour mieux lire. Mais c'est que cet appareil est en fin de vie.
- Vous rigolez ? Il est sorti il y a trois mois !
- Oui... Mais vous savez, il y a déjà de nouveaux modèles, par exemple, le...
- Non, c'est celui-là.
- Alors, il est à 175 euros avec un forfait 4 heures chez...
- Et avec mes points Bouygues ?
- Ah non, apparemment, on ne le propose pas en renouvellement.
- Et j'aurai toutes mes fonctions Outlook ?
- Ah ça... je ne sais pas... il faudrait regarder la notice...
Je me casse.

Chez SFR, ils ont l'appareil, bien qu'ils commencent eux aussi à m'aiguiller sur le U600. C'est pas possible, j'articule mal ou quoi ? Mais dès que je commence à lui demander s'il est compatible avec Outlook, si c'est bien Windows Mobile 5 dedans et autres détails techniques : plus personne, elle n'en sait rien. C'est quand même incroyable, autant d'incompétences, quelle que soit la boutique !!! Les vendeurs sont là pour vendre rapidement, ouvrir des comptes, mais ils ne connaissent pas les produits qu'ils vendent.

Je vais à la Fnac. Ils ne le proposent pas non plus en renouvellement et il est à 350 euros pour un forfait 4 heures. Autant dire qu'ils ne veulent pas le vendre. Je récupère des docs des trois opérateurs et je me casse.

Dans le train, je feuillette mon butin. Bouygues, c'est simple et clair et bleu, mais le choix reste réduit et plus dirigé vers les jeunes. La brochure SFR est vêtue de rouge. Sur la première page, un dessin très bédé de jeune en survet avec une casquette, me dit "Ca va ouatcher !". J'ai pas envie de ouatcher, moi, je veux téléphoner. On me prend encore pour un jeune con. Même les jeunes, on les prend pour des cons. La brochure Orange est plus compliquée, il y en a dans tous les sens, il y a des options partout, j'y comprend rien.

Déçu, je décide de téléphoner au service client à Bouygues en leur demandant pourquoi ils ne proposent pas ce téléphone alors qu'il est chez les deux concurrents et qu'il est proposé sur leur département "pro". On me répond que c'est comme ça, il n'est pas en stock. Je dis que si, puisqu'il est chez les pros. C'est pas les mêmes stocks. Je la traite d'incapable. Elle s'énerve, c'est pas en stock. Au revoir, Madame. Je préfère raccrocher avant de la traiter de conne.

Devant autant d'incompétences, je tire ma dernière cartouche : j'écris une lettre après avoir vainement cherché une adresse mail de Bouygues. Ce sera donc une vraie lettre sur papier. Je décris l'aspect déplorable de leur boutique, l'incompétence de la vendeuse, et le regret de ne pas trouver ce que je cherche. Je finis en exposant mon problème que je qualifie de cornélien : après 10 ans chez Bouygues, vais-je être obligé de passer à la concurrence pour trouver ce que je cherche ? Sur ce, je pars en vacances.

Sur la route, je reçois un coup de fil (oui, j'ai une oreillette), c'est Bouygues qui me rappelle suite à ma lettre. Ils me confirment qu'ils n'ont pas cet appareil et qu'ils n'ont pas de solution à me proposer. Bon, tant pis, dommage...

Je passe donc mes vacances, je perds mon téléphone en montagne et un policier vient me le rapporter, puis on rentre. Et puis juste avant de reprendre le boulot, je me pète les deux bras en vtt...

Finalement, quand j'ai un peu récupéré de la mobilité, je décide d'aller chercher mon téléphone. C'est finalement chez Orange que je me décide, mais uniquement à cause d'un homme.

Chez France Telecom, en fait, on est accueilli par une femme qui demande la raison de notre visite, pour mieux nous aiguiller vers la personne compétente. Et là, je tombe sur LE spécialiste des smartphones. Il en a d'ailleurs un à la ceinture et en parle de manière passionnée. Enfin quelqu'un qui sait de quoi il parle et me montre sur le sien comment marche Windows Mobile. Il me confirme que c'est bien le téléphone qui correspond à ce que je cherche. Et c'est ce que je prends finalement, en abandonnant Bouygues Telecom qui n'ont pas su se montrer à la hauteur, en effectuant un "portage de numéro".

J'en suis maintenant assez content, j'ai enfin récupéré mon agenda qui se synchronise avec celui d'Outlook, ainsi que toutes mes adresses. Quant à l'accès internet, il est effectivement de bonne qualité, mais un peu trop cher, je ne l'utilise que peu.

Toute cette saga montre surtout une chose : quand on vend des produits à la pointe de la technologie, il est très décevant de constater que les vendeurs ne sont pas à la hauteur et ne connaissent pas ce qu'ils vendent...