Le taxi arrive, je sors de la maison, il est 19 h, on est dimanche. Hé oui, je pars en voyage de boulot un dimanche ! Ca me fait un peu suer, mais bon, je pars en Chine, hein !

J'arrive sans encombre à Roissy, pile en même que C., mon collègue et on va ensemble faire la queue pour se faire enregistrer, larguer les valoches et passer la douane.

12 heures d'avion, j'ai le temps de me passer des films. 3 semaines avant, je venais de faire Paris-Bali, c'était la même distance, mais là, c'était pour les vacances.

Bon, on arrive à Guangzhou (Canton, quoi). C. m'explique qu'au dessus de la douane, les caméras filment à l'infra-rouge pour détecter les gens qui auraient de la fièvre et rejeter les malades. Je présente mon passeport. Le type me regarde d'un air suspicieux et me met une série de tampons sur mon visa. Je me retourne pour attendre C. Le douanier a l'air de lui montrer son passeport avec insistance. Quelque chose ne va pas. Le douanier se lève avec le passeport à la main et quitte sa place. C. a l'air très emmerdé. Je m'approche, mais un type en uniforme m'empêche de revenir en arrière. C. me dit par-dessus la barrière que son visa n'est pas valide, il n'est pas admis en Chine !

Bordel, je suis de l'autre côté et je n'y connais rien, moi !

On appelle successivement l'assistante sur les portables pour se faire aider depuis la France. Comment cela est-il possible ? Tout le monde a vu le passeport, l'assistante, l'agence de voyage, C. lui-même, personne n'a remarqué que le visa était expiré. On nous dit qu'il serait possible d'acheter un visa-express au comptoir de la douane ici même. Mais le douanier en chef ne semble pas de cet avis. C'est "back to France !"

A l'étage au-dessous, je vois nos valises arriver sur le tapis roulant. Je dis au gus que je vais les chercher. En remontant avec les deux grosses valoches, je me fais remarquer par les douaniers à qui ça ne plaît pas trop de voir un européen qui va à contresens.

Le temps passe, C. passe trois-cents coups de fil. Les douaniers sont inflexibles. Je vois sortir le personnel de l'avion. Une hôtesse s'est renseignée sur le problème et me glisse en passant que ça l'étonnerait qu'il arrive à passer avec un visa expiré.

C'est bientôt la relève des douaniers, qui se mettent en rang sur une file, saluent le chef, demi-tour droite sur un ordre aboyé et marchent au pas en tapant des pieds, en suivant une ligne peinte au sol, virages à angles droit d'un coup. Je serais en situation normale, devant ma télé, ça m'aurait fait rigoler.

Le douanier remplaçant consent que je rende sa valise à C. Il va rentrer sur Paris. Il peut juste me filer quelques échantillons et 2-3 papiers à la hâte sous l'oeil du gars en uniforme.

Bon, ben, j'y vais, hein. je flippe grave, mais C. ne sait pas non plus trop ce qui va se passer pour lui. A priori, il va être remis dans un avion de retour sur Paris. En attendant, il va lui falloir dormir sur les sièges de la zone de transit. Du coup, ça me rappelle le film avec Tom Hanks, l'histoire du type qui passe plusieurs années en zone de transit.

Moi, je prends la poignée de ma valise à roulettes et je vais vers la sortie. Normalement, quelqu'un m'attend. Mais je sais qu'il ne parle pas anglais. C'est alors que je m'arrête et fouille dans ma valise le petit bouquin jaune que Nathalie m'a offert. Merci, mon amour, ça devrait bien me servir ! Tout seul en Chine pour la première fois, je serre les fesses pour ne pas faire dans mon froc.